Mikaela Shiffrin : la nouvelle Lindsey Vonn ?

Mikaela Shiffrin nouvelle Lindsey VonnDepuis le début de la saison de ski alpin, le public américain voit avec amertume sa grande championne, Lindsey Vonn, grande favorite pour le gros globe de cristal, enchaîner les forfaits pour les courses, laissant la Slovène Tina Maze glisser sereinement vers la consécration. Heureusement pour lui, si sa superstar amorce peut-être sa descente la plus difficile, celle vers la fin de son règne sur le ski alpin féminin, une nouvelle étoile des neiges américaine a explosé aux yeux de tous. En effet, ce week-end, Mikaela Shiffrin a largement remporté le slalom de Zagreb, lui permettant de signer, à juste 17 ans, sa deuxième victoire de la saison et d’occuper la 1ère place provisoire du classement de slalom devant… Tina Maze. Le Yaourt du Sport vous présente ce nouveau phénomène du ski alpin américain et tente de répondre à l’inévitable interrogation : Mikaela Shiffrin est-elle la nouvelle Lindsey Vonn ?

Shiffrin en avance sur les temps de passage de Vonn

Au petit jeu des comparaisons au même âge, force est de constater que Mikaela Shiffrin est en avance sur son aînée. En avril 2011, Shiffrin, 16 ans, native du Colorado, remporte, chez elle, le titre de championne des Etats-Unis de slalom, devenant la plus jeune skieuse américaine à remporter un titre national. Cette saison, elle gagne, le 20 décembre dernier, sa première victoire en Coupe du monde, lors du slalom suédois d’Are, à l’âge de 17 ans, 9 mois et 7 jours. Ce succès fait d’elle la troisième plus jeune skieuse américaine à décrocher une victoire en Coupe du monde (et encore, celles qui la devancent concouraient dans les années 60-70, époque très différente où le slalom consistait à éviter les ours qui jonchaient le passage). Lindsey Vonn a elle attendu sa vingtième année pour signer sa première victoire en Coupe du monde ! La honte ! Mais pour les comparer plus concrètement, on aimerait les voir à l’oeuvre sur le même tracé. Et ça, c’est pas gagné… Lire la suite

Thierry Roland : fauché comme un lapin en plein vol

Thierry RolandJe voulais parler de l’Euro, faire un bilan avant les matchs de poule décisifs, adresser un avertissement aux joueurs de France – Suède, mardi prochain, qui seront arbitrés par Proença le Gaulois, l’arbitre qui envoie valser les joueurs… Mais ce matin, j’ai été étourdi par l’annonce du décès de Thierry Roland. Le commentateur que j’ai sans doute le plus entendu, lors des innombrables matchs que j’ai regardés depuis que je suis gosse, a succombé à un AVC à 74 ans. Par conséquent, pas trop envie de me marrer… Il voulait commenter l’Euro 2012, mais une opération l’en empêchait, lui faisant rater une nouvelle occasion de faire un pied-de-nez à TF1, son ancien employeur qui l’avait dégagé sans autre forme de procès, et de retrouver son compère et ami de toujours Jean-Michel Larqué. Et c’est peut-être à ce dernier, bouleversé à l’annonce de la nouvelle, que je pense en premier. Pas sûr qu’il ait le courage de commenter la suite de l’Euro sur M6,  même si ce serait un bel hommage…

Pas la langue dans sa poche

Et puis, en fait, j’ai plutôt envie de me marrer. Me marrer en repensant à tous ces moments politiquement incorrects que nous aura fait vivre Thierry Roland. Certains parlent d’un personnage raciste, sexiste, homophobe… Je ne sais pas s’il était tout ça, mais il aura été l’auteur de plusieurs dérapages. Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’il était adepte d’un humour pas forcément compris par tout le monde, l’humour des Grosses Têtes, dont il a été chroniqueur durant plus de dix ans… Peut-on aujourd’hui oublier tout ce qui a prêté à polémique ? La fois où, du temps où il présentait Téléfoot, il avait dit de Marianne Mako, chroniqueuse dans l’émission, qu’elle « ferait mieux de s’occuper de torcher le cul des gosses plutôt que de parler de foot » ? Sa réflexion quant au choix d’un arbitre tunisien pour arbitrer Angleterre – Argentine à la Coupe du Monde 1986, choix qui lui semblait bien peu pertinent ? Quand il a affirmé, en 2002, qu’il « n’y a rien qui ne ressemble plus à un Coréen qu’un autre Coréen. D’autant plus qu’ils mesurent tous 1m70 ! » ? Que Vieira, toujours en 2002, se battait contre ses « cousins » sénégalais ? Tout n’est pas pardonnable, c’est sûr, mais aujourd’hui, je retiens davantage que c’était un homme brut de décoffrage, qui parlait la plupart du temps sans faire de détour et sans langue de bois.

Et je veux me marrer en réécoutant l’engueulade mythique entre les deux amis Roland et Larqué durant la Coupe du monde 2002, alors que les micros n’étaient pas éteints : « Le gars, il m’fait, il m’fait les consignes. Attends… Les consignes… J’lui chie dessus moi ! ». Me marrer aussi en revoyant le « clip » de son hit interplanétaire, avec son boys band Carton rouge, « La troisième mi-temps » et ses paroles engagées : « Quel est le moment, que le sportif attend ? C’est la, c’est la troisième mi-temps ! ».

Des phrases choc, genre phrases choc

Me marrer enfin en repensant à ses expressions aujourd’hui devenues cultes. « Fauché comme un lapin en plein vol », « il n’a pas fait le voyage pour rien », « ces deux-là ne partiront pas en vacances ensemble », « il a avalé la trompette », « il lui a mis dans le zig alors qu’il était allé dans le zag »… Autant d’expressions qu’on répète en rigolant devant un match de foot entre potes, des potes qui ont tous écouté Thierry Roland, presque quel que soit leur âge.

A la fin de la finale France – Brésil en 98, il avait dit, moment également devenu mythique, : « Je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquille ! Enfin, le plus tard possible mais… On peut ! ». A la lumière des hommages qui lui sont rendus aujourd’hui par le monde du foot et du sport en général (c’était aussi notamment un grand passionné de cyclisme), je pense effectivement, même si c’est toujours trop tôt, qu’il pouvait désormais partir tranquille.

B.

René Girard : Itinéraire d’un sanguin

A Montpellier cette année, il y a aussi le meilleur buteur de Ligue 1, et le président le plus emblématique. Et pas facile de se faire une place parmi ces fortes têtes. Même si lui-même entre sans contestation dans cette catégorie. Forte tête à tendance « grande gueule », René Girard jouit cependant d’un excellent capital sympathie dans le monde du football. Évidemment, son bilan est inattaquable : une qualification en Ligue Europa en 2009-2010 dès sa première saison avec le MHSC (tout juste promu !), il est en passe de mener le club de la Paillade à son premier titre de champion de France. Mais avant cela, le moins que l’on puisse dire c’est que la carrière de René Girard a été rythmée par les coups de sang.

1973-1991 : Une carrière de joueur rugueux

Originaire de Vauvert dans le Gard, il débute sa carrière professionnelle avec le Nîmes Olympique en 1973. Dès le début de sa carrière, il s’impose comme un milieu défensif dur sur l’homme, qui n’hésite pas à laisser traîner la jambe. Sans pour autant être sanguinaire, ce n’est pas le genre à « faire le voyage pour rien ». Il prend une nouvelle dimension avec les Girondins de Bordeaux en 1980, et gagne notamment trois titres nationaux et deux Coupes de France. Sa combativité lui ouvre les portes de l’Équipe de France, avec laquelle il jouera cinq matches et marquera un but entre 1981 et 1982. Il assiste notamment du banc au fameux cataclysme France-Allemagne à Séville en demi-finale de Coupe du monde. En fin de compte, il aura été fidèle à son premier club, Nîmes, et retourne auprès des Crocodiles pour terminer sa carrière entre 1988 et 1991. Il raccroche les crampons pour endosser le costume d’entraîneur du club, alors menacé de relégation, six mois après.

1991-1992 : Double reconversion : entraîneur puis buraliste

Sa mission première est un échec cuisant. Dix matches, dix défaites. C’en est trop pour le caractère bouillant de René Girard qui claque la porte au football. Il ouvre un presse-loto à Nîmes et semble avoir définitivement tourné la page. C’est sans doute l’exemple le plus frappant du caractère du Gardois qui, sans pour autant être vraiment mauvais joueur, ne supporte pas que son image puisse être écorchée. Après quelques années passées derrière le comptoir, il est cependant rappelé par sa passion de toujours et devient entraîneur de Pau en 1996.

1996-1998 : Le temps de l’entraîneur sanguin

On ne retiendra pas grand-chose de son passage à Pau, si ce n’est peut-être ses fameuses gueulantes sur ses joueurs. La légende dit même qu’il pousse ses joueurs à « casser des jambes ». Sa mauvaise réputation le précède, mais ses compétences en tant que coach commencent à le faire connaître et lui sauver la mise. En 1998, il est appelé en renfort pour sauver le RC Strasbourg. Même configuration qu’avec Nîmes, mais issue totalement différente. Cette fois, l’objectif est atteint, Strasbourg reste en Division 1 mais René Girard ne reste pas au sein du club alsacien. Pour la première fois dans sa carrière d’entraîneur, son mandat est teinté de réussite et il est recruté par la Fédération pour devenir entraîneur adjoint aux côtés de Roger Lemerre qui remplace Aimé Jacquet.

1998-2008 : Dix ans qui se finissent par : « Houllier va te faire enc… »

Longtemps entraîneur des différentes Équipes de France (-16, -19, Espoirs), on se souviendra surtout de sa retentissante sortie ! Poussé dehors par Gérard Houllier, directeur technique national, il n’accepte pas son éviction et n’hésite pas à sortir les gros mots pour qualifier son ancien supérieur. Même quatre ans après, la pilule n’est toujours pas passée et ses propos sont toujours aussi velléitaires quand on lui reparle de cette période. Lui considère avoir été « trahi », victime d’un véritable putsch au profit d’Erick Mombaerts. A deux doigts de quitter de nouveau le football, pour de bon cette fois, il est appelé en 2009 par Louis « Loulou » Nicollin, pour assurer l’avenir du Montpellier Hérault Sporting Club, fraîchement promu en Ligue 1.

2009-2012 : Le temps de l’assagissement

René Girard a toujours cette réputation de gueulard. Mais ceux qui le connaissent depuis longtemps et qui l’ont notamment vu coacher à Pau savent combien il était pire avant !

Ses deux premières saisons sont tout de même marquées par l’agressivité de ses joueurs. Le MHSC finit dernier au classement du fair-play en 2010-2011, à cause notamment du célèbre attentat de Spahic sur Nolan Roux qui lui a valu pas moins de 17 matches de suspension. Cette année c’est différent, la place inattendue du club de la Paillade l’a obligé à réviser son comportement. Fini le temps des sorties assassines dans la presse, des attaques sur son groupe et des coups de gueule contre l’arbitrage. Il faut croire que lorsque qu’on côtoie les hautes strates du championnat, il est moins bien vu de passer pour un chien enragé. Alors évidemment il n’a rien perdu de son franc-parler, mais sans doute les circonstances font que les conférences de presse sont plus paisibles. D’un côté c’est logique, plus on gagne et moins on râle.

Avec lui, les nerfs parlent souvent avant que le cerveau réfléchisse. Qu’on aime on pas, c’est le genre de personnalité qui suscite une réaction. S’il accroche le titre avec Montpellier, ce qui est très probable vu la configuration de la dernière journée, il gagnera le cœur de nombreux Français, car il aura à lui seul battu le PSG et sa machine qatarie. Certes il est à la tête de joueurs qui se connaissent bien, mais ce groupe il l’a lui même forgé de ses mains de fer.

C’est donc un parcours atypique qu’a vécu René Girard, un parcours durant lequel il a dû gérer ses ambitions et son caractère impulsif. Mais il est en passe de réussir un très gros coup, et on ne voit pas comment le titre de meilleur entraîneur de la saison pourrait lui échapper. Avec sans doute plus de 80 points au compteur final, Montpellier aura marqué toute l’année par son jeu et non par son agressivité. Et à la fin, Montpellier sera peut-être champion. La belle histoire de cette saison 2011-2012.

Martin Fourcade: la gloire en ligne de mire !

Martin Fourcade nous aura fait rêver tout au long de ces Mondiaux. Avec cette troisième médaille d’or, le Catalan a confirmé qu’il survolait la planète biathlon en ce moment, et que surtout il avait l’âme d’un champion. Hier à Rupohlding, il a abordé la mass start avec une rage de vaincre non dissimulée. C’est vrai qu’il avait manqué ces deux dernières courses, mais cette fois c’était différent. Martin Fourcade a réussi à transformer sa frustration en un genre d’état de grâce, notamment au tir qui est pourtant son point faible. Hier, il n’avait donc plus de point faible, car il avait conservé son mordant lors des phases skiées. Aujourd’hui le cadet des frères Fourcade peut rêver très haut, car il a déjà à 23 ans un palmarès que seule une minorité détient en fin de carrière. Même ses adversaires le considèrent comme un génie de la discipline, et il impressionne par son talent et son fair play. De quoi mettre la lumière sur un sport encore trop méconnu en France.

S.

Nikola Karabatic : porte-drapeau à Londres ?

Parmi la liste des atouts qui appuient le choix du handballeur, on trouve évidemment sa médaille d’or acquise lors des derniers Jeux Olympiques à Pékin. Même son palmarès depuis est impressionnant : champion du monde en 2009 et 2011, et champion d’Europe en 2010 avec l’équipe de France, il est l’emblème d’une équipe qui survole son sport depuis le dernier rendez-vous olympique. Le porte-drapeau doit être un symbole de toute puissance, et c’est assez rare en France pour être remarqué ! Lui et son équipe représentent donc une sérieuse chance de médaille d’or à Londres. De plus il symbolise bien les valeurs de l’olympisme que sont l’excellence, l’esprit de compétition, la connaissance et le fair-play. C’est un homme respecté, dont les qualités sur et en dehors du terrain sont reconnues par tous.

Nommé implicitement meilleur joueur du monde par ses pairs, il a aussi le mérite d’être revenu jouer en France, dans son club formateur à Montpellier, après 4 années passées à Kiel en Allemagne. Il joue donc avec son jeune frère Luka et honore la mémoire de son père disparu en juin 2011, qui était un homme très impliqué dans le club de Montpellier. Dans le cadre d’une sélection qui aura lieu en pleine campagne présidentielle, il est probable que ce facteur entre en considération dans le choix du jury. Enfin dernière preuve de son niveau sportif et de sa popularité : il a été élu champions des champions français 2011.

Un titre à double tranchant

Car ce titre peut le desservir à ce niveau. En effet, le nommer en plus porte drapeau pourrait donner l’illusion qu’il n’y a qu’un seul grand espoir de médaille pour la France. Cela fait partie des éléments qui jouent en la défaveur du handballeur. Egalement, le fait que Jackson Richardson a été choisi en 2004, c’est à dire il y a seulement deux Jeux Olympiques, pourrait inciter à mettre un autre sport en avant. Sans oublier le championnat d’Europe qui se déroule en ce moment même en Serbie, et dont le résultat pourrait influencer le choix du jury en cas de mauvaise performance de la France et de Karabatic.

En définitive, la star actuelle du handball serait un représentant plus qu’honorable pour la délégation française. Son comportement exemplaire et ses résultats en équipe nationale le placent en tête des sondages d’opinion (31,9% selon le-terrain.com, largement devant Lucie Décosse et Tony Parker, tous deux à 14,8%). A la différence de Tony Parker, il ne s’est pas auto-proclamé candidat, mais sans doute y pense-t-il dans un coin de sa tête. En tous les cas Nikola Karabatic ferait un digne porte drapeau, et la délégation française serait bien à l’abri du vent derrière ses 104 kilos de muscles.

S.